On est dimanche, et qui dit dimanche dit "jour du Seigneur". Seigneur, je t'encule, pour toutes les raisons que tu sais, bien évidemment.
Bien, maintenant je ne sais pas quoi dire d'autre. J'ai encore envie d'écrire, pourtant j'ai déjà épanché cette soif tant de fois cette semaine. Une conscience me pousse, comme une voix qui me susurre au creux de l'oreille des secrets inaudibles pour les autres.
Sérieusement, je hais le dimanche. C'est un peu morne, fade sûrement, mort surtout. J'erre sans savoir que faire, j'oscille entre les deux mondes. J'existe et je sais que j'existe, j'existe sans savoir que j'existe. Le jour, la nuit. Je me plonge dans les souvenirs, feuillette quelques pages de cahiers ébauchés, m'allonge sur mon lit et regarde les rares nuages fondrent dans une crème lactée. Je pense beaucoup, ou plutôt j'essaie de penser, car le dimanche je suis pris dans un brouillard épais qui m'empêche de trouver ma lumière. En fait, je me laisse vivre. Le chemin de ma pensée se perd seul, effacé.
Cette semaine n'a pas été facile, loin de là, d'abord pour des raisons personnelles que je n'évoquerai pas ici, ensuite au niveau des cours.
Bien-sûr, de quoi se plaindre quand on a eu les résultats que j'ai obtenus en maths, physique et histoire? Pourtant, il faut que je trouve le moyen de me plaindre, car s'il est une chose difficile pour moi, c'est bien accepter l'échec. Ce n'est pas tant la note qui me dérange, une note n'étant qu'un indice si faible devant la complexité aboutissant à la réussite; non, c'est vraiment l'échec qui me tue. Le fait de ne pas s'améliorer, le fait de pouvoir, ou devoir, se dire que ce que j'ai fait, ce n'est toujours pas mieux. La pensée est là, je la sens, elle arrive tout près de ma conscience. C'est le coeur qui s'accélère, le sang qui résonne à mes tempes si fortement, les mains qui ne savent plus où se mettre: tout ça me laisse sentir la pensée arriver. Il est là, ça y'est, il est d'abord doux, et pourtant si douloureux. Échec. Son intensité augmente un peu, il fait trembler mon esprit en se répétant encore une fois, comme si je ne l'avais pas entendu. Échec. Maintenant il crie de toute ses forces et me peint son sens entier, me laissant imaginer ce qu'il représente. Il explose et détruit des pans entiers de mon âme, fruit d'un gigantesque et fatiguant effort, ruine mes conceptions habituelles et m'écrase de tout son poids. Échec. Je suffoque.
Je suis tellement dans la question même, ça en deviendrait presque ironique. Ce n'est pas seulement un échec, c'est un jugement sur mon être qui apparaît.
En plus de cela, il faut accepter ce que l'autre me dit, car non, je ne suis certainement pas le mieux placé pour savoir ce que je suis. Pourtant, nul besoin de paroles pour savoir ce que l'autre a à dire, ce que l'autre pense, ça se devine, ça se sent, ça se ressent même. Un regard, un sourire, un mouvement suffisent bien souvent à laisser transparaître ce qui vous anime. Lorsque les mots s'ajoutent, c'est un écart entre ce qui est dit et ce que vous êtes qui se creuse, un fossé entre ce que vous êtes, et votre apparence. L'homme est un être sans cesse en projet. Savoir ce que je suis? "Je choisis de ne pas choisir sachant que je ne sais rien."
Voilà ce que je suis, une phrase si simple qui ondule à travers l'espace dans de faibles mouvements longs et malingres.
Il faudra encore se battre pour échapper à tout ça une autre fois. Il faudra se relever et brandir ses pensées sous une forme nouvelle qui rayonnera de vérité, de simplicité.
Il faudra se battre, oui, se battre, car la vie est un combat perpétuel dans lequel la gloire n'est pas celle de rester en vie, mais de mourir.
J'ai même ressenti le bonheur une fois cette semaine. L'espace de quelques secondes. Pourquoi je n'en parle pas? Je me le refuse, parce que c'est injuste.
"Je crois encore qu'on pense à partir de ce qu'on écrit, et pas le contraire."
Aragon, Je n'ai jamais appris à écrire.


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